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Arianne suspend son mouvement et dépose le pot de grès sur une tablette de l’appentis. Un battement d’ailes à peine perceptible envahit son subconscient et un nom surgit du néant.

─ Azur 

Lentement, elle se lève, quitte la pièce et se dirige vers la porte d’entrée. Elle enfile son manteau et sort sur le balcon. Un point noir apparaît au bout du chemin enneigé. Une voix chaude et calme raisonne dans sa tête.

─ Avant tu m’aurais repéré il y a plus de dix minutes.

─ Normalement, tu ne te camoufles pas autant, en fait, tu t’annonces. Je perçois de la tristesse et de l’inquiétude, je me trompe ?

─ Non.

─ Mousse et Fenrir ! C’est sérieux, deux gardes du corps, et Simourgh en plus.

─ Là, je te reconnais!

L’homme avance rapidement. Un énorme loup noir le rejoint et au bas des marches, ils saluent cérémonieusement leur hôtesse.

─Tes visites ne sont jamais des rencontres de courtoisie.

─ Je dois me rendre à Rivière-Ouelle et Simourgh est en âge d’être évalué. Tu es la meilleure… Je serai de retour dans une semaine avec Patrick et Gladys. Nous emprunterons le passage. Margo nous attend avec Goliath.

Abasourdie par ce flot de nouvelles déclinées sans explication, elle reste sans mot. Sorti de nulle part, un chien loup vient lui lécher la main avec douceur.

─Même si je t’adore Mousse, toutes tes marques d’affection, ne détourneront pas mon attention. Pour Simourgh j’ai compris. Mais que Patrick et Gladys empruntent mon passage pour rejoindre la forêt de Bondy, c’est tout simplement affolant.

─Si tu m’invitais à entrer, j’ai besoin d’un bon verre de rhum.

L’homme écarte les deux loups d’un geste discret de la main et invite la maîtresse des lieux à passer au salon.

─ Assoit toi, je vais me servir. Avec assurance, il se verse un verre de rhum et mélange plusieurs liqueurs dans une large coupe ouvragée qu’il tend avec mansuétude à sa compagne.

─C’est si grave que ça ?

L’homme joue avec son verre en évitant le regard inquiet d’Arianne. Il se tourne vers la fenêtre pour masquer sa douleur.

─ Il y a deux mois, à Stockholm, Victoria et Hilding ont été tués et ses deux filles enlevées. La scène de crime a été nettoyée de fond en comble, sans laisser de traces…

─Impossible! Victoria était une guerrière invaincue… Hilding un maître, les deux ensembles équivalaient à une machine de guerre invincible.

 ─ Il y a toujours une première fois. Nous croyons que Mathusalem et un commando étaient venus pour une personne et qu’ils sont repartis sans celle qu’ils convoitaient. Joséphine était cachée dans une pièce secrète. Patrick et Gladys m’attendent à Rivière-Ouelle avec la petite et Sarah.

─Sarah ?

─ Une mule… tu verras, elle est spéciale. Je reviendrai dans une semaine.

─ Victoria…

─ Je sais, elle était ta meilleure élève, plus de 10 ans de formation. Je t’ai emmené Simourgh pour te consoler. Je sais comment tu aimes les faucons. Ton humain, il est toujours dans le portrait ?

─Oui…, mais après Samain, il a pris trois mois avant de rappeler. 30 corbeaux pour garder la maison… Tu ne crois pas que c’était un peu exagéré ?  

La tête penchée vers l’avant, il rit à gorge déployée.

─ Si on ne peut plus s’amuser… J’ai un petit creux.

─ Une fondue bourguignonne au bison et à l’auroch ?

─ On peut ajouter du sanglier ?

─ J’avais oublié que tu es plus carnivore que tes loups.

─ Azur souri et grogne comme un loup.

Après avoir ingurgité un souper copieux, les deux complices repus sirotent un digestif pour faire descendre le tout.

─ C’est d’accord, je te laisse Mousse, Rocco est beaucoup trop vieux. Simourgh n’est pas issue des faucons de Bondy. Je me suis amusé à le capturer dans les montagnes.

─ Raison de plus, pour que je la garde. Elle n’a aucun avenir chez toi.

─ C’est beau tout ça, mais je dois partir.

Il quitte la maison en compagnie de Fenrir, et à mi-chemin disparaît soudainement dans une bourrasque de neige.

─ Toujours des entrées et des sorties aussi théâtrales.

─Vient Mousse…

À l’arrière, elle fait des gestes précis et un dôme translucide recouvre la forêt de pins et de chênes.

 ─ Ta volière, ma princesse.

Elle regarde attentivement la magnifique femelle et ferme les yeux.

« Azur a tort de te sous-estimer. Je vois que tu vivras au moins 50 ans, soit le double des faucons de la lignée pure ce qui est déjà exceptionnel. De plus… tu as sauvé la vie d’Azur… sans qu’il le sache. Incroyable… tu as tué un humain, sans aucune formation. Voyons comment nous communiquons… »

Elle ouvre les yeux, installe le rapace sur son gant, et une fois dehors, le lâche. À nouveau, elle ferme les yeux et imagine un lièvre qui coure sous le sapinage de la forêt.

À peine dix minutes plus tard, l’oiseau pique sur une proie et avec son bec lui sectionne les vertèbres cervicales. Pour voir jusqu’où elle peut pousser son nouveau protégé, elle lance un ordre pour qu’il rapporte la victime intacte. À sa stupéfaction, il lève la tête dans sa direction, soulève la petite proie et la porte d’un trait aux lardoires, où il attend sagement les ordres avant de s’en repaître. Non seulement il lui a rapporté le gibier demandé, mais il ne l’a pas touché, et il attend son autorisation.

─ Simourg, tu portes bien ton nom, tu es tout simplement une déesse de la fauconnerie. Un cadeau inestimable.  

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1 Commentaire

  • Francine
    novembre 27, 2020 at 5:37

    Comme toujours tu nous transporte dans le monde de l’imaginaire!

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